Elle nous saisit, comme ça, sans prévenir. On a du mal à le croire d’abord… Mais c’est une évidence. Cette étrange impression d’avoir vu un chef d’oeuvre. Pourtant, le film n’est pas si connu, pas si bien noté. Mais on est là, devant la salle de cinéma ou Boulevard Saint Germain. Je suis là et je sais. En rentrant chez moi, je sais que j’ai vu un chef d’oeuvre.
Bien sûr, ma version du chef d’oeuvre n’est pas la votre. Le chef d’oeuvre devrait être universel, et pourtant il ne l’est pas. Mais vous avez tort !! Car moi j’ai raison. Oui c’était un chef d’oeuvre, je le dit bien haut pour les critiques abonnés à l’air du temps. Aujourd’hui, comme peut être toujours, le cinéma est bien trop affilié à une vague réaction, un commentaire du temps qui passe. Mais les vrais oeuvres, le vrai cinéma s’affranchit de tout ça. Le vrai cinéma – ce que j’appelle le vrai cinéma – n’est pas How to Have Sex ou autre film de l’époque. Ce n’est même pas le dernier Scorsese, bien que je l’ai trouvé si bon. Le vrai cinéma, pour moi, n’apporte aucun jugement moral sur ce qu’il montre. Il montre, et laisse réfléchir. Là est pour moi la condition sine qua non du chef d’oeuvre cinématographique : il nous laisse seul. A projeter du mieux qu’on peut nos petits bouts de pensées, qu’il renvoie en lumière et en son, qu’il perturbe, qu’il assaille.
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