Il y a quelques semaines, prévoyant le nouveau montage d’un long métrage, je suis allé chez l’ophtalmo. Cela faisait bien six ans que ma mère condamnait ces rendez-vous ratés avec la bonne santé, alors je suis allé n’importe où, où Doctolib voulait, pour me faire souffler dans les yeux et dire F,C,U,O,P. Le constat fut salé : j’ai raté ma vie.
10/10 me dit l’ophtalmo, et bien que je vois toujours plus loin et plus précisément que mes fréquentations, j’avoue que je pensais, au moins un peu, être déficient en la matière… Mais alors il faut croire que mon aphantasie (incapacité d’imaginer en image) aura été compensée en vision réelle, un œil de pilote de ligne ! Mais que fais-je encore sur terre, alors qu’on sera tous morts dans 15-30 ans ? J’aurais mieux fait de vous arroser de mon kérosène plutôt que de filmer l’atmosphère aqueuse. En bref, j’ai raté ma vie.
Voilà les mots qu’une très bonne amie me céda en proie à un désarroi foudroyant sur sa situation professionnelle, désarroi que ses vieux parents ne peuvent que vaguement comprendre, désarroi générationnel de fin du monde et déliquescence romaine dans des bacchanales numériques. Voyons les choses en face : pour nous, les d’jeuns : pas de travail, pas d’oxygène. Et par quelle pirouette vais-je me sortir de ce constat si cruel ? La pirouette simple et claire du cinéma : l’aventure c’est l’aventure.
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