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  • L’aventure c’est l’aventure

    Il y a quelques semaines, prévoyant le nouveau montage d’un long métrage, je suis allé chez l’ophtalmo. Cela faisait bien six ans que ma mère condamnait ces rendez-vous ratés avec la bonne santé, alors je suis allé n’importe où, où Doctolib voulait, pour me faire souffler dans les yeux et dire F,C,U,O,P. Le constat fut salé : j’ai raté ma vie.

    10/10 me dit l’ophtalmo, et bien que je vois toujours plus loin et plus précisément que mes fréquentations, j’avoue que je pensais, au moins un peu, être déficient en la matière… Mais alors il faut croire que mon aphantasie (incapacité d’imaginer en image) aura été compensée en vision réelle, un œil de pilote de ligne ! Mais que fais-je encore sur terre, alors qu’on sera tous morts dans 15-30 ans ? J’aurais mieux fait de vous arroser de mon kérosène plutôt que de filmer l’atmosphère aqueuse. En bref, j’ai raté ma vie.

    Voilà les mots qu’une très bonne amie me céda en proie à un désarroi foudroyant sur sa situation professionnelle, désarroi que ses vieux parents ne peuvent que vaguement comprendre, désarroi générationnel de fin du monde et déliquescence romaine dans des bacchanales numériques. Voyons les choses en face : pour nous, les d’jeuns : pas de travail, pas d’oxygène. Et par quelle pirouette vais-je me sortir de ce constat si cruel ? La pirouette simple et claire du cinéma : l’aventure c’est l’aventure.

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  • Le cinéma c’est fantastique !

    Voilà 10 jours que je n’étais pas allé au cinéma. Comment ai-je pu établir une telle prouesse, véritable geste d’abstinence digne d’un marathonien en préparation, je l’ignore et je le regrette. Les Écoles passent un film de Sidney Lumet inconnu et pourtant noté comme un chef-d’œuvre : Fail Safe, je m’abreuve goulûment de noir et blanc. Le lendemain, je lis un livre passionnant à propos d’Uncut Gems, un livre d’un critique intelligent ami d’ami, Nicolas Moreno. Je pense : le cinéma c’est fantastique.  C’est une phrase qui me revient à l’esprit, peut-être trois fois par semaine. « Le cinéma c’est fantastique » comme si j’avais lu ça quelque part, mais non, je m’auto-cite de banalités. Pourtant cette phrase revient toujours. Le soir même, un nouveau dilemme : participer à la vie de la cité, « boire un coup », ou m’enfermer à nouveau dans les salles obscures. Mais le drogué en redescente n’a plus d’ami que sa dose retrouvée. Je tombe sur une proposition alléchante : How do you know – Comment savoir – de James L. Brooks.

    Brooks, connais pas. Et ce film est une comédie romantique, genre inconnu de ma personne également. Mais ce film est affreusement noté, de l’ordre de moins de 2 sur Allociné. Il y a Owen Wilson dans la bande annonce qui a l’air beau et blond. Et surtout, un film mal noté qui repasse au Grand Action quinze ans plus tard ne peut être qu’un bon film ! J’ai confiance dans mes programmateurs. Alors m’y voilà, devant ce bide romantique. Et quel plaisir.

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  • La série Mazuy

    Il faut bien commencer quelque part. Si certains sont biberonnés à Harry Potter ou autre Miyazaki, moi je ne l’étais pas. 1 heure d’écran par jour, c’était la règle, et après… Dehors ! Si bien que des souvenirs de cinéma avant 15 ans, je n’en ai aucun. Je me souviens par contre de gambader un peu partout, de découper des bambous pour me battre avec mes cousins ou de creuser le sable jusqu’en Chine. Et plus tard, les premiers films que je vis, c’était des séries B.

    Dans son sens historique, la série B est un film de première partie, produite à l’époque où le cinéma était continu et les studios régnaient. Ce qu’on appellerait aujourd’hui film indépendant – de peu de moyen, on l’appelait alors série B, en opposition à la série A, triple A. Les films de série B étaient plus libres, plus sales, plus expéditifs. Mais tout ça je l’ai appris plus tard. Car mon cinéma d’adolescence était contemporain, et je vis boutonneux : Killer Joe, Fighter, Out of the Furnace, Hell or High Water, Twixt ou Gran Torino, entre autres. Vous remarquerez l’aspect non-progressiste de cette jeune cinéphilie – qui sonnait toujours à peu près comme ça : une Amérique crasseuse, dépeuplée, macho, aux paysages grandioses et aux habitants de peu de mots qui se tirent dessus. Pour moi, c’était le cinéma.

    Alors pendant longtemps, je répondais simplement : le cinéma français, NON MERCI. La nouvelle vague, foutaises ! Et si je creusais ma cinéphilie vers des territoires plus patrimoniaux, retrouvant les influences de Peckinpah, découvrant Cassavetes, ou la Russie de Tarkovski ; le cinéma français resta très longtemps dans mon esprit un territoire de frivolité, pour ne pas dire de bêtise lénifiante. Toute la Gaule ? Toute ? Non ! Car je découvris qu’un village résistait encore et toujours à l’envahisseur – situé en Basse-Normandie ou ailleurs, le village de Patricia Mazuy. 

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  • L’année du dragon

    2026 est là, et pour quelque temps encore, nous profiterons du calendrier chinois et de la bien nommée Année du dragon. Film de Michael Cimino bien sûr ! Avec Mickey Rourke, l’éternel homme – vous avez vos classiques. Digression qui me permet d’aller droit à mon sujet : l’année cinématographique 2025 fut marquée par une prédominance du genre, voilà, c’est tout. Certes, parler de cinéma « de genre » a toujours confiné à l’absurdité intellectuelle — le cinéma a toujours été de genre, ne l’a jamais été. Et puis au fond, il suffirait d’arguer que le cinéma d’auteur est un genre lui aussi, et alors le dragon se mord la queue.

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  • Dormir au cinéma

    Voilà peut être l’acte le plus charmant et le plus métaphorique de la vie d’un cinéphile. Puisque le cinéma n’est qu’un rêve, une seconde réalité de notre inconscient, pourquoi ne pas vivre les choses pleinement, et tout simplement : s’endormir.

    Si je ne me souviens pas de tous les films que j’ai vu, je me souviens plus certainement de tous les films devant lesquels je me suis endormi. Mais attention, il y a deux règles à l’endormissement cinématographique effectif.

    1. L’endormissement doit se passer dans une salle de cinéma.

    Hé oui ! Je vous vois venir… Vous, les dopés à la vie privée, au petit écran, ou pire : à l’ordinateur. Je vous vois là, regardant vos séries Netfloux et autres documentaires avachis dans votre lit. Ohh, cruelle humanité qui regarde des tableaux sans être habillée ou brossée – je vous conjure !

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  • L’art de la fugue

    Jordan Peele, Ari Aster, Robert Eggers, et maintenant Zach Cregger. Voilà quelques années que presque tous les réalisateurs émergent du cinéma d’horreur outre-Atlantique. Comme un portrait de l’Amérique, bien sûr, car Hollywood n’a toujours été que son substrat, une Amérique terrifiée, en perte de repères, qu’Aster a bien décrit dans son dernier Eddington — présent à Cannes, mais qui souffre de la comparaison avec Évanouis (Weapons). Le second film Zach Cregger. 

    C’est juste bon ! Purement et simplement bon, et on regretterait presque de ne pouvoir s’arrêter là, pour dire : courez-y ! Oui mais justement, il y a cette manière de courir, les deux bras en arrière, le corps élancé comme luttant contre un vent de face, tout droit, filant comme une balle dans le silence de la nuit. Le film s’ouvre sur ça : des enfants qui courent dans la nuit. La scène est d’une rare poésie : la musique, les légers panoramiques, tout ça nous plonge dans une scène à la fascinante beauté. Car ce qui ressemble à une fugue organisée, est en fait le coeur de l’horreur, des enfants qui courent sous emprise, pour aller ou ? Disparaître.

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  • 4commaille

    Il est toujours tentant, rétrospectivement, de romancer la première rencontre. Celle de l’occupant avec la chambre de bonne située au 6ème étage du 4 rue de Commaille avait alors, toute proportion gardée, l’aspect d’un coup de foudre. Une seule visite conquis l’occupant, qui vit dans ces combles aménagées l’espoir d’une vie parisienne florissante. De retour en sa province, il imagina en ces proportions un mystérieux plan incluant un hamac dans la longueur. Par miracle, l’agent immobilier rappela.

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  • L’élevage en fût

    C’est une analogie bien trop bancale qu’on ne se refuse pas. Il existe une ressemblance, évidente, entre la production du vin et celle d’un film. Commençons par des vignes, toutes simples, de grandes lignes bien droites comme des mots sur un papier. L’hiver, on taille, on se laisse vivre, un peu. Au printemps, on épampre, on lève les rangs… On prépare. Et puis, chaque année, à la fin de l’été : les vendanges, le tournage. Le temps nous est compté, il faut ramasser tout ce raisin avant qu’il ne pourrisse sur pied. On laisse passer la pluie. On appelle ses amis parce qu’il faut plus de bras ! Plutôt commencer par le haut de la propriété, là ou le raisin est le plus mûr. On tourne des scènes dans le désordre, on bois un canon à la pause, on porte des caisses de raisin ou des projecteurs.

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  • L’époque de Peretti

    Il convient de se poser des questions d’ordre morales sur ces réalisateurs qui ne filment qu’au passé. Pensée rétrograde ? Nostalgique ? Mais se pose t-on des questions sur ceux qui ne filment qu’au présent ? Particularisme Corse en la matière, Thierry de Peretti, qui vient de sortir le majestueux À son image, a un rapport à ces questions pour le moins fascinant. Ni vraiment dedans, ni vraiment dehors. De Peretti filme au présent et au passé, dans une danse habile, qui se termine toujours par cette réflexion à la fin du film : « c’était toute une époque ! »

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  • Cette étrange vie analogique

    Vous vous souvenez ? C’était en 2011, ou quelque chose comme ça. A l’époque, on introduisait les premiers Samsung Galaxy Note, les grands, gigantesques téléphones de 5,3 pouces. Je me souviens, dans le bus pour le collège, cet ami qui avait un de ces téléphones qui nous paraissait à l’époque protubérant. Ce terme qu’on avait alors donné à l’époque : « Phablette », une téléphone et une tablette réunies. Et puis le temps a passé, les phablettes sont devenues la norme, et l’écran de l’iPhone Mini (5,44 pouces) est devenu… Mini ! 10 ans plus tard.

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