Il faut bien commencer quelque part. Si certains sont biberonnés à Harry Potter ou autre Miyazaki, moi je ne l’étais pas. 1 heure d’écran par jour, c’était la règle, et après… Dehors ! Si bien que des souvenirs de cinéma avant 15 ans, je n’en ai aucun. Je me souviens par contre de gambader un peu partout, de découper des bambous pour me battre avec mes cousins ou de creuser le sable jusqu’en Chine. Et plus tard, les premiers films que je vis, c’était des séries B.
Dans son sens historique, la série B est un film de première partie, produite à l’époque où le cinéma était continu et les studios régnaient. Ce qu’on appellerait aujourd’hui film indépendant – de peu de moyen, on l’appelait alors série B, en opposition à la série A, triple A. Les films de série B étaient plus libres, plus sales, plus expéditifs. Mais tout ça je l’ai appris plus tard. Car mon cinéma d’adolescence était contemporain, et je vis boutonneux : Killer Joe, Fighter, Out of the Furnace, Hell or High Water, Twixt ou Gran Torino, entre autres. Vous remarquerez l’aspect non-progressiste de cette jeune cinéphilie – qui sonnait toujours à peu près comme ça : une Amérique crasseuse, dépeuplée, macho, aux paysages grandioses et aux habitants de peu de mots qui se tirent dessus. Pour moi, c’était le cinéma.
Alors pendant longtemps, je répondais simplement : le cinéma français, NON MERCI. La nouvelle vague, foutaises ! Et si je creusais ma cinéphilie vers des territoires plus patrimoniaux, retrouvant les influences de Peckinpah, découvrant Cassavetes, ou la Russie de Tarkovski ; le cinéma français resta très longtemps dans mon esprit un territoire de frivolité, pour ne pas dire de bêtise lénifiante. Toute la Gaule ? Toute ? Non ! Car je découvris qu’un village résistait encore et toujours à l’envahisseur – situé en Basse-Normandie ou ailleurs, le village de Patricia Mazuy.
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