L’année du dragon

2026 est là, et pour quelque temps encore, nous profiterons du calendrier chinois et de la bien nommée Année du dragon. Film de Michael Cimino bien sûr ! Avec Mickey Rourke, l’éternel homme – vous avez vos classiques. Digression qui me permet d’aller droit à mon sujet : l’année cinématographique 2025 fut marquée par une prédominance du genre, voilà, c’est tout. Certes, parler de cinéma « de genre » a toujours confiné à l’absurdité intellectuelle — le cinéma a toujours été de genre, ne l’a jamais été. Et puis au fond, il suffirait d’arguer que le cinéma d’auteur est un genre lui aussi, et alors le dragon se mord la queue.

Mais bon, tout de même. Cette sensation me prit, devant le cadavre gisant au sol de la station service de l’Agent SecretO Agento Secreto, le chef-d’œuvre de fin d’année de Kleber Mendonça Filho. Si j’avais tiré un parallèle ici entre Weapons et Eddington, on serait à un pas de le faire entre One Battle after Another et le susnommé film brésilien. Et oui, c’est le même film ! Un mec qui fuit et qui est très révolutionnaire et un peu hippie — vous voyez ? Encore une fois, je préférerais le second film, le moins bien né, quoique sous de gros auspices de production française (Kleber a trouvé la combine : une femme française qui vous rencarde au CNC). Évidemment, ce film est grand, mais sans me perdre dans l’analyse, je dirais qu’au contraire d’une certaine critique, qui le place comme « une grande fresque historique et politique », ce n’est pas du tout ça. La bande-annonce ne ment pas d’ailleurs, ni le titre, O Agento Secreto qui annonce bien, purement et simplement, une série B. Plus encore peut-être que la bagatelle Andersonienne, boursouflée par son budget et son impératif étalage, le film de Kleber tient sur rien. Quelques acteurs charismatiques, des tirs qui font mouche, des plans simples et clairs — en bref, tout le décor et le fond d’un film de genre : on sait où ça va. Bien sûr, tout dans O Agento Secreto va et contrevient à cette analyse, car Kleber tourne cette série B comme un documentaire intimiste, et là est tout son génie – mais de là à parler de fresque… Messieurs, révisez votre vocabulaire ! (je propose comme cure Novecento, Lawrence d’Arabie, ou Leone…)

Assez parlé de hippies. Tout de même, cela me frappe. Il y a donc le duo de révolutionnaires et le duo d’américains moyens apeurés (Eddington & Weapons). J’ajoute à cela : Sirat bien sûr, Sinners ensuite, et tant qu’on est là Bugonia ou Mickey 17 ! C’est bizarre non ? Comme tous ces films se ressemblent. Tous, ils sont pleinement des films de genre, tous ils flirtent constamment entre ultra-violence et douce ironie. Quand on y pense, c’est comme si ce cher Quentin nous avait tous contaminés — quoique. Car ces films, à l’inverse de ceux du californien star, évitent l’overdose post-moderne qui le condamne indéfiniment à l’analyse des références. Ce à quoi nous avons affaire cette année, c’est bien une renaissance en grande pompe du film de genre. Pas la fausse naissance d’un Titane ou d’autres palmes d’or molles (voir ou pas Un simple accident) — qui sous prétexte d’être genre, nous servent une soupe d’intelligence inintelligible ou niaise — non, une vraie re-naissance : celle de films populaires, niche, intelligents, régressifs, films de divertissement à l’âme d’auteur affleurante, profonde, films au fond : de paradoxe — des films de genre.

Et maintenant qu’on a dit ça, on ne peut que se demander ce que nous réserve la cinéphilie du serpent de bois (après le dragon…), qui ne pourra rester sourde aux flammes enivrantes de l’année passée.

Et pour tous ceux qui vivent sous nos longitudes, je vous souhaite une belle année 2026 !

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