la critique de François

Le 27/09/2025, à 19h33 – message de François B. à propos de Lettre à John.

Bonjour Gabriel. J’ai vu le film. J’aime bien le geste. Je croyais que l’écriture aussi avait été collective, or c’est toi le scénariste, et toi qui signes le film, donc je parle à l’auteur en personne. J’aime assez que cette narration soit à trous, que les éléments dramatiques, notamment la rupture de Gino, ne nous soient livrés que par lambeaux. On n’en connaitra pas les tenants, on n’en aura que la tension résiduelle. J’aime aussi que le film soit volontiers distendue, presque désinvolte, relachée, faisant durer une impro au piano, ne cherchant pas à densifier artificiellement les choses. Mais inversement on est parfois surpris de la relative mollesse générale. Notamment sur un truc : le verbe. Il y a peu de dialogues, peu de discussions, or je ne peux pas croire que cette bande là n’est pas hyperbavarde dans la vraie vie. Pourquoi avoie retranché cet aspect fondamental de l’éthos vingtenaire (surtout dans un périmètre social porté sur la culture – on lit, on compose des chansons, on regarde du Casavetes). Pourquoi donc occulter ça, au risque de sembler anesthésier les corps et les situations? Au risque aussi de l’irréalisme : on ne comprend pas par exemple que les quatre n’interrogent pas davantage la nouvelle venue qui vient de s’asseoir à leur table. Dans le meme ordre d’idée, je trouve le piano omniprésent, souvent je lui aurais préféré des paroles ou du son direct (le son de la montagne, c’est inestimable). La sous écriture des dialogues n’aide pas non plus le jeu d’acteur. Disons qu’on s’en remet totalement à la capacité de jeu spontané de chacun. Ce qui crée des inégalités. Par exemple ton acolyte masculin est toujours très juste, les trois filles plus inégales. Et toi ton personnage est un poil trop complaisamment laconique, mais tu inventes un truc assez rare, qui est une sorte d’antipathie. On ne peut pas dire que tu essaies de faire le beau. Tu es un peu le méchant de la bande – croit on comprendre- et c’est intéressant. La dernière soirée alcool piano entre les deux garçons est très bien.

Pas toujours d’accord avec le maître, l’auteur aime bien que les gens ne se parlent pas. Pourtant, il trouve cet avis, comme généralement ceux de son auteur, très fin et digne de publication.